Sédik
et Malek se chamaillent à propos d'une histoire.
Le premier prétend l'avoir entendue de la bouche de Sélim
le potier, qui la tient lui-même de la femme du marchand
d'olives, qui affirme l'avoir apprise par Jaffar le montreur
de singes,qui jure que c'est Faris, le vendeur d'épices
de père en fils, qui la lui a racontée de vive
voix.
Alors que le second soutient qu'elle lui a été
révélée par le marchand de dattes à
l'époque où il a été arrêté
et conduit devant le calife qui a failli le mettre en prison
avant de le relâcher et de lui confier ce que lui avait
rapporté un certain Nassredine qui, en traversant le
souk à dos d'âne, avait surpris une conversation
entre le marchand d'ail et le maître tailleur qui disaient...Mais
que disaient-ils?
" Chicane c'est le plaisir de parler, de se chamailler
pour des broutilles et du marchandage des mots. C'est l'animation
des marchés orientaux."
Chicanes s'inspire des contes traditionnels populaires du Moyen-Orient,et
de l'histoire, avec Tamerlan (Timur-Lang), grand conquérant
du 14ème siècle mais aussi Nassreddin dont les
facéties ne sont pas sans rappeler un certain Till l'Espiègle.
De et par Rachid Bouali, conteur qui se revendique à
la fois de la tradition des jongleurs, "ces ménestrels
nomades qui allaient de cour en cour, récitaient, chantaient,
et apportaient les dernières nouvelles tout en s'accompagnant
d'un instrument de musique" et de Dario Fo.
" Conter et mimer. " " Il y a autant à
voir qu'à écouter : les mots racontent, les gestes
racontent, la musique aussi
"
" Comme les meilleurs contes, l'histoire de Rachid Bouali
est à la fois terrible et burlesque. Les enfants rient
quand Abdallah se lamente devant son serpent fénéant
qui refuse obstinément de sortir de son panier d'osier
au son de sa flûte. Les rires accompagnent la visite de
la maison du petit Zahouir dont Abdallah veut faire son assistant.
Mais le public frémit lorsque Tamerlan le terrible donne
toute la mesure de sa réputation de cruauté.Tenir
en haleine des enfants d'une petite dizaine d'années
pendant une heure n'est pas une chose aisée. Surtout
lorsqu'on prend le parti de ne pas leur donner à voir,
mais qu'on choisit, comme Rachid Bouali, de leur prêter
à imaginer "
La Voix
du Nord, 6 décembre 2002